12h52 CEST
17/07/2026
L'Espagne est gâtée: elle tient en Dani Olmo un artiste, créateur d'espaces sur le terrain, grâce à sa technique soyeuse et ses passes au bon tempo rappelant les célèbres lignes de Pablo Picasso, qui généraient fluidité et mouvements dans ses dessins.
Face à l'Argentine, dimanche en finale du Mondial-2026, la Roja visera une deuxième étoile après 2010. A Johannesbourg, au bout d'une prolongation irrespirable face aux Pays-Bas, c'était le milieu de poche Andres Iniesta qui avait été le héros de tout un pays en marquant le but du sacre.
A l'époque, Olmo avait 12 ans et déjà intégré le centre de formation de la Masia, qui a façonné tant de futurs grands, à commencer par Lionel Messi son prestigieux adversaire sur la pelouse du MetLife Stadium, près de New York.
Et il se rappelle très bien de ce qu'il avait ressenti en regardant l'épopée de l'Espagne. "Ces moments-là restent gravés à vie. Je me souviens de tout, depuis le premier match jusqu’au but d'Iniesta en finale (...) Aujourd'hui j'ai l'occasion d'être sur le terrain. C’est un rêve qui se réalise", confiait-il à la Fifa en novembre 2025 encore loin de savoir qu'il connaîtrait l'honneur d'une finale.
La présence de l'Espagne n'est cependant pas une surprise, car cela fait trois ans que cette équipe domine son sujet, championne d'Europe en 2024, un an après avoir remporté la Ligue des nations, compétition qu'elle n'a cédée qu'aux tirs au but l'an passé face au Portugal.
- Facilitateur hors-pair -
Et si la Roja, qui peut s'appuyer sur un collectif paré à toute épreuve, possède en Lamine Yamal un crack capable d'exploits individuels et en Rodri un capitaine ayant retrouvé l'étoffe du métronome désigné Ballon d'Or en 2024, elle tient en Olmo un facilitateur hors-pair, "un maître du jeu entre les lignes", tel que décrit par son sélectionneur Luis De la Fuente.
Face à la France en demi-finale (2-0), ses coups de pinceaux ont été éblouissants, à l'image de sa déviation à une touche de balle pour Pedro Porro auteur du deuxième but. En première période, sa talonnade entre deux défenseurs dans le parfait timing vers Yamal aurait pu être à l'origine d'un des plus beaux buts du tournoi, si Dayot Upamecano n'avait pas sauvé les Bleus devant Fabian Ruiz.
Au sommet de son art à 28 ans, Dani Olmo a souvent été plombé par un physique réputé fragile, le privant d’une plus grande exposition internationale.
"Ma vie et ma carrière ont été comme ça, je dois toujours démontrer ma valeur, mais ce n’est pas un problème, c’est une exigence envers moi-même", concédait-il avant le quart de finale contre la Belgique.
Contrairement à ses coéquipiers, il a dû quitter l’Espagne à l'adolescence pour se construire un avenir comme footballeur, après avoir réalisé en 2014 que ses chances de s'imposer au Barça serait minces. Et au lieu de rejoindre un autre grand club du continent, il a choisi avec sa famille de partir au Dinamo Zagreb, un club réputé pour sa formation dont Luka Modric est issu.
- "La Danse" -
"En Croatie, c'était une autre culture. En Espagne, on travaillait davantage avec le ballon. J'avais 16 ans et je m'entraînais avec des joueurs de l’équipe nationale qui avaient disputé des Coupes du monde. Ca a été un grand pas pour moi. Ça m'a fait progresser physiquement et mentalement, parce que le jeu était plus rapide", a-t-il expliqué par le passé.
Après s'être fait remarquer à Zagreb, Olmo a évolué quatre ans en Bundesliga au RB Leipzig. Durant tout ce temps, le FC Barcelone a toujours gardé un œil sur lui, au point de tenter de le faire revenir dès 2021, mais ses problèmes financiers étaient un obstacle.
Partie remise, puisque le retour en bercail s'est produit en 2024 après l'Euro durant lequel il a brillé. Pas une première pour lui sous les ordres de Luis De la Fuente, puisque ce dernier était déjà en charge de l'équipe championne d'Europe des U19 en 2019.
Olmo, comme Iniesta, est devenu cet agitateur de talent souvent insaisissable, même quand une nuée d'adversaires l'entourent sur un terrain.
Dans un étonnant effet miroir, deux séquences de jeu, immortalisées en photo, en attestent. Dans la première datant de mardi on voit Olmo cerné par quatre Français, dans l'autre on observe Inesta au milieu de cinq Italiens lors de la finale de l'Euro-2012.
Au centre de ces deux rondes, on songe soudain à une reproduction en réel de "La Danse", chef d'oeuvre de Matisse.
Ou le foot élevé au rang d'art.