18h53 CEST
25/07/2026
Dans l'étape-reine, la dernière de haute montagne, Paul Seixas et ses 19 ans se sont heurtés samedi à la dure réalité du Tour de France, sa troisième semaine et son exigence, laissant le jeune Français au pied du podium, face au "dur apprentissage" du plus haut niveau.
L'espoir flottait dans l'air des Alpes samedi matin quelque part entre Le Bourg-d'Oisans et le sommet de l'Alpe d'Huez, et les supporters tricolores pouvaient croire à la grande bataille pour le podium, au vu des 24 petites secondes qui séparaient le leader de Décathlon CMA-CGM du podium et du Mexicain Isaac Del Toro.
Mais le rêve d'apparaître sur la photo en compagnie du maillot jaune Tadej Pogacar et de son dauphin Remco Evenepoel s'est évanoui dans les pentes du col de Sarenne, raides en temps normal et terribles après trois semaines de course.
"Il y a un moment où j'ai atteint mes limites, et j'ai craqué, j'ai essayé d'être plus fort qu'à l'habitude et au final j'ai explosé", a résumé le grand espoir du cyclisme français, qui prendra, sauf accident, la quatrième place du classement général à l'issue de son premier Tour dimanche soir sur les Champs-Élysées.
- "Logique" -
Dixième de l'étape, à 1 min 50 de son rival Del Toro, Seixas était forcément frustré d'être passé près d'un exploit: "Manquer le podium, aujourd'hui c'est vraiment décevant, je ne peux pas dire plus que ça", a-t-il lâché.
Avec un peu plus de recul, son directeur sportif Julien Jurdie a lui évoqué "le dur apprentissage, il est exactement là, c'est mentalement" que son protégé a emmagasiné le plus d'expérience.
"Il a vu qu'il y avait encore du travail à faire, mais c'est tout à fait normal, vu son jeune âge, c'est presque tout à fait logique qu'au bout de 20 étapes, il soit un peu dans le dur, il n'y a rien à dire, c'est la loi du sport", a-t-il poursuivi.
La tactique du jour était pourtant bien sentie pour la formation française, au matin de l'étape la plus difficile de l'histoire à la veille de l'arrivée, avec 5.450 m de dénivelé positif.
L'Américain Matthew Riccitello en éclaireur, le soutien d'Aurélien Paret-Peintre, Tiesj Benoot et de l'impressionnant Nicolas Prodhomme dans le groupe des favoris... Tout était en place pour que Seixas passe à l'offensive dans la dernière ascension.
"On a beau faire tous les plans qu'on veut, c'est les jambes qui parlent après trois semaines de course", souligne Julien Jurdie.
Son leader a d'abord tenu le choc lorsque Pogacar a roulé dans le costume de l'équipier de luxe pour Del Toro, dès le Galibier, à 60km de l'arrivée. Puis il a bénéficié du retour de Prodhomme, sans complexe au moment d'aller visser devant le maillot jaune au pied de Sarenne.
Autoritaire, Pogacar a un peu joué avec le lieutenant de Seixas, le toisant au moment de repasser devant.
"Il voulait rouler juste pour pas que je passe et que j'essaye de durcir mais c'est notre course, c'était le jeu mais rien de méchant c'était juste un peu... Pas d'intimidation non plus mais il était peut-être surpris que je fasse ça", a expliqué Prodhomme.
- "Fierté" -
Les premiers signes de faiblesse sont alors apparus, Seixas ne prenant pas les roues avec le tranchant attendu chez un coureur prêt à tout faire sauter.
Les relais se sont succédé, et lorsque le Lyonnais s'est retrouvé seul face à la pente et à son destin, il n'a pas pu changer de rythme, s'usant en tête de groupe jusqu'à ce que l'hydre à deux têtes d'UAE ne prenne le manche pour mettre fin aux tentatives du Français, à 3km du col.
"On a tenté le tout pour le tout pour faire craquer Del Toro, il était juste plus fort aujourd'hui", a concédé Seixas.
L'écart s'est creusé, irrémédiablement, dans le col de Sarenne et dans les derniers lacets de l'Alpe d'Huez.
"Il y a beaucoup de fierté", note Jurdie, ajoutant: "Même si on savait très bien que cette dernière étape à l'Alpe d'Huez était monstrueuse avec le dénivelé, il en a manqué, on a essayé et c'est ce qu'on avait dit ce matin, de ne pas avoir de regrets".
La quatrième place finale obtenue par son coureur, le plus jeune à participer au Tour depuis 1937, devrait en laisser peu.