17h42 CEST
07/10/2026
A cinq mois du Congrès électif de la Fifa, en mars 2027, l'UEFA et son président Aleksander Ceferin peinent à faire émerger un candidat face à Gianni Infantino qui, bien que fragilisé, semble pour le moment en bonne posture pour se maintenir à la tête de l'instance mondiale.
La crise déclenchée juste après le Mondial par Infantino, avec son projet avorté de création d'une société commerciale ouverte à des investisseurs privés, baptisé Fifa Forward Entreprise (FFE), a convaincu l'UEFA que le timing était enfin le bon pour mettre fin au règne de l'Italo-Suisse débuté en 2016.
Encore faut-il trouver la personnalité idoine pour incarner et rassembler une opposition grandissante afin de renverser celui que Ceferin a qualifié d'"empereur", le 29 septembre lors de l'AG de l'Association européenne des clubs (EFC).
Mais malgré des tractations en coulisses et le front uni présenté par les Confédérations européenne (UEFA), nord-américaine (Concacaf) et asiatique (AFC), ces recherches n'ont pour l'instant pas abouti. Et le temps presse puisque la date limite pour le dépôt des candidatures est fixée au 18 novembre.
- Choisir un proche -
Ce candidat ne peut pas être un Européen: il se heurterait en effet aux craintes du reste du monde d'une mainmise sur la Fifa de la toute puissante et richissime UEFA, lui enlevant toute chance d'être élu. C'est dans ce sens qu'il faut lire la décision du Slovène de ne pas défier lui-même Infantino, alors qu'il est par ailleurs poussé par ses alliés à se représenter l'an prochain à la tête de l'instance européenne.
"Un Européen n'aurait aucune chance", a confirmé à l'AFP une source proche des instances mondiales.
L'idée était donc de choisir un proche de Ceferin, le Canadien Victor Montagliani, le président de la Concacaf qui regroupe 35 fédérations d'Amérique du Nord, d'Amérique centrale et des Caraïbes. Un homme à qui on prête de grandes ambitions pour l'après-Infantino, mais plutôt à partir de 2031.
"C'est notre candidat idéal. Il coche toutes les cases. Il n'est pas Européen, il peut séduire pas mal de monde. Il a fait beaucoup pour le développement du foot féminin notamment", avait confié il y a plusieurs semaines à l'AFP une source proche de l'UEFA.
Mais l'option Montagliani semble avoir pris du plomb dans l'aile. Le Canadien ne s'est toujours pas lancé alors que se profile le Congrès électif de la Concacaf en 2027 au cours duquel il pourrait briguer un nouveau mandat. Difficile sans doute de mener deux fronts en même temps.
Une autre personnalité susceptible de faire vaciller Infantino, le président du Paris SG Nasser Al-Khelaïfi, s'est sorti lui-même du jeu en déclarant lors de l'AG de l'EFC qu'il n'avait "aucun intérêt pour la Fifa". Il pouvait en même temps difficilement aller à l'encontre de la fédération qatarie qui a déjà apporté son soutien à Infantino.
La piste consistant à appuyer la candidature du Bahreïni Cheikh Salmane ben Ibrahim al Khalifa, battu à plate couture en 2016 par Infantino, ne semble pas non plus tenir la corde. "Il a déjà été battu en 2016, il n'a aucune chance", a estimé cette source proche de l'UEFA.
Bref, personne à l'horizon tandis que le patron de la Fifa sillonne le monde pour engranger des soutiens.
- "Rappelez-vous Sepp Blatter" -
"Dans tous les cas, Infantino sera élu", prédit même une source proche des instances mondiales. "L'idée est plutôt de changer la gouvernance pour qu'Infantino ait de moins en moins de pouvoir", ajoute cette source.
Le message est semble-t-il déjà passé. Gianni Infantino a proposé à la mi-septembre aux 211 fédérations membres de la Fifa une "consultation" afin de réformer le fonctionnement de l'instance, promettant une semaine plus tard une meilleure redistribution de l'argent aux fédérations nationales, un enjeu majeur du scrutin à venir.
Malgré l'absence d'un candidat crédible à opposer à Infantino lors du congrès prévu le 18 mars 2027 à Rabat, l'UEFA ne désarme pas pour tenter de se débarrasser du dirigeant italo-suisse. "Rappelez-vous de ce qui s'est passé avec Sepp Blatter. Il avait été réélu (en 2015, ndlr) et il est tombé quelques jours plus tard. Et pour une affaire judiciaire", pointe pour l'AFP une source proche de l'instance européenne.
A ce titre, l'UEFA a saisi la justice de Floride pour contraindre les filiales américaines de la Fifa à lui remettre une série de documents relatifs au projet FFE en vue d'une possible procédure devant la justice suisse contre Infantino pour "gestion déloyale".
"Ce ne sera pas par les instances du sport que ça se réglera et qu'il tombera. Je pense que si l'UEFA veut faire tomber Infantino, ce sera par la justice", avait pronostiqué Michel Platini fin août.