09h42 CEST
08/08/2026
Rare femme à graviter dans un monde d'hommes, Lise Klaveness, présidente de la Fédération norvégienne de football, joue depuis des années le rôle de poil à gratter de la Fifa, et certains la verraient bien en prendre la direction à la place de Gianni Infantino.
A 45 ans, la juriste et ancienne internationale (73 sélections) est intarissable sur les maux qui accablent le football mondial sous la présidence de l'Italo-Suisse, englué dans la crise depuis le vif rejet de son projet d'ouverture de la Coupe du monde à des investisseurs privés et dont elle réclame désormais la démission.
Quand il a pris la présidence de la Fifa en 2016, "c'était un candidat qui avait été élu sur un programme de réformes axé sur la bonne gouvernance" , explique-t-elle à l'AFP.
"Puis les choses se sont rapidement dégradées: de la prise de distance, on est passé au renoncement, voire au revirement, sur fond de manque d'indépendance vis-à-vis de chefs d'Etat et d'autres personnalités influentes, notamment des pays hôtes des Coupes du monde", assure-t-elle.
Ses premières flèches contre Infantino, elle les décoche à peine portée à la présidence de la fédération norvégienne en 2022, sur les conditions d'attribution du Mondial au Qatar. Depuis Doha même, elle déplore publiquement que les droits humains, l'égalité et la démocratie n'aient pas été "dans le onze de départ".
L'année suivante, la Norvège refuse d'apporter sa voix à Gianni Infantino lors de sa réélection, pour marquer son mécontentement vis-à-vis de sa gouvernance.
Klaveness "a en quelque sorte été la première porte-drapeau d'une grande partie de cette critique que beaucoup d'autres partagent désormais lorsqu'il s'agit de la manière dont Infantino dirige la Fifa", souligne Mina Finsted Berg, commentatrice sportive sur la chaîne norvégienne TV2.
Elle "est très attachée à ce que les règles et les décisions soient respectées", ajoute-t-elle.
- Trump, Balogun et les investisseurs -
Les motifs d'indignation n'ont pas manqué ces derniers mois: attribution par la Fifa d'un "prix de la paix" à Donald Trump - avec qui Infantino cultive une proximité ostentatoire -, annulation de la suspension de Folarin Balogun lors du Mondial-2026 après une intervention du président américain, puis projet avorté d'ouvrir la Fifa à des investisseurs privés.
Des griefs que la fédération norvégienne a décidé de porter devant le Comité d'éthique de l'instance mondiale du football.
La voix de Klaveness porte d'autant plus aujourd'hui que la Norvège, longtemps absente des grandes compétitions internationales, a réalisé un beau parcours lors de la dernière Coupe du monde, où elle a été éliminée en quarts de finale par l'Angleterre.
A l'étranger, des commentateurs louent sa "solide boussole morale", et voient en elle une sérieuse candidate pour remplacer Infantino, s'il venait à partir -le dirigeant est candidat à sa propre succession en 2027.
"Elle a été la seule à toujours prendre clairement position et à ne pas suivre le courant dominant. Et, à la Fifa, le moment est venu pour une femme de prendre les rênes", a estimé l'ex-président de l'instance, Sepp Blatter, sur X.
- L'épreuve des urnes -
L'intéressée, elle, insiste pour ne pas réduire la crise du football mondial à un simple "Game of Thrones" et appelle à se recentrer sur les questions de bonne gouvernance plutôt que sur les luttes de pouvoir.
"Pour nous, ça n'a jamais été une affaire personnelle contre Gianni Infantino", dit-elle à l'AFP. "Les problèmes dépassent la personne du président".
Tout en constatant que son nom circule, elle balaie les questions sur une éventuelle candidature: "Nous n'en sommes pas là".
Les obstacles restent en effet nombreux.
"En plus d'être considérée comme extrêmement radicale dans de nombreux endroits, notamment hors d'Europe, elle est une femme. Cela risque aussi de jouer contre elle dans beaucoup de régions du monde", estime Mina Finsted Berg.
Même au sein de l'instance européenne de l'UEFA, a priori mieux disposée à son égard, Klaveness avait échoué à se faire élire au comité exécutif en 2023. Elle n'y est entrée qu'en 2025, alors qu'elle était seule candidate au siège réservé aux femmes.
"Si elle a déjà tant de mal à se faire élire en Europe, comment pourrait-elle convaincre les Africains et les Sud-Américains?", s'interroge Erik Thorstvedt, ancien gardien de la sélection norvégienne devenu lui aussi commentateur.