13h53 CEST
26/04/2026
Le Kényan Sabastian Sawe est entré dans l'histoire de l'athlétisme dimanche à Londres en devenant le premier homme à boucler un marathon sous la barre mythique des deux heures, dans une course où trois athlètes sont allés plus vite que l'ancien record du monde.
Dans des conditions idéales, grand soleil, 18 degrés, pas de vent, l'édition britannique s'est même offert deux records puisque chez les femmes, l'Éthiopienne Tigst Assefa a aussi réalisé le chrono le plus rapide de l'histoire pour une course exclusivement féminine, après 2 heures, 15 minutes et 41 secondes d'effort.
La performance de Sawe a cependant capté toute la lumière, puisqu'en bouclant son marathon en 1 heure, 59 minutes et 30 secondes, le Kényan de 31 ans a fait tomber une des marques les plus mythiques de l'athlétisme, autorisant la comparaison avec l'Américain Jim Hines, premier sprinteur sous les 10 secondes sur 100 m en 1968, ou l'Ukrainien Sergueï Bubka, premier perchiste à franchir 6 mètres en 1985.
Avant lui, le Kényan Eliud Kipchoge avait déjà couru un marathon en moins de deux heures, en 2019 à Vienne (1h 59 min 40 sec), mais c'était lors d'une exhibition sans aucun rival où il avait été aidé par 41 "lièvres", ce qui interdisait l'homologation d'un record.
"Nous avons assez attendu pour voir un humain passer sous les deux heures", a réagi Mo Farah, légende britannique de l'athlétisme, sur Radio London. "J'ai regardé et je me suis dit: est-ce que ça s'est vraiment passé?"
Déjà vainqueur en 2025, Sawe a avalé les 42,195 km de bitume londonien en "negative split", c'est-à-dire en bouclant la deuxième moitié de la course plus vite que la première, d'abord au sein d'un petit groupe de six, dont il s'est échappé avec l'Ougandais Jacob Kiplimo et l'Ethiopien Yomif Kejelcha, qu'il a ensuite successivement distancés.
- 'Une journée mémorable' -
Il a finalement franchi la ligne d'arrivée sur la fameuse avenue menant à Buckingham Palace avec 65 secondes d'avance sur le précédent record du monde établi par Kelvin Kiptum (2h 00 min 35 sec) en octobre 2023 à Chicago, quelques mois avant l'accident de voiture dans lequel il a perdu la vie.
"Je me sens bien, je suis tellement heureux. C'est une journée mémorable pour moi", a réagi le vainqueur.
"Nous avons bien commencé la course et je me suis senti vraiment bien en approchant de la fin. En passant la ligne, j'ai vu mon temps et j'étais fou de joie", a ajouté celui qui a couru son deuxième semi dimanche dans le temps stratosphérique de 59 min 01 sec.
L'athlète a été rapidement félicité sur X par le président kényan William Ruto. "Votre triomphe, a-t-il écrit, vous place parmi les plus grands athlètes du monde et confirme la place du Kenya parmi les nations incontournables de la course de fond."
De manière tout aussi incroyable, l'ancienne marque établie par Kiptum a été dépassée par les deux autres membres du podium, Kejelcha (1h59:41) et Kiplimo (2h00:28).
La performance est d'autant plus remarquable pour Kejelcha que l'Éthiopien de 28 ans, spécialiste du semi-marathon, passe aussi sous les deux heures, alors qu'il s'alignait à Londres pour la première fois sur la distance reine.
- 'Les standards du marathon bouleversés' -
"Les standards du marathon viennent littéralement d'être complètement bouleversés, tout comme ce qui définit un athlète de classe mondiale", a de son côté estimé à la BBC la Britannique Paula Radcliffe, détentrice du record du monde féminin de 2003 à 2019.
L'Éthiopienne Tigst Assefa a elle aussi écrit un morceau d'histoire, dimanche, en conservant son titre à Londres avec un nouveau record du monde dans une course non mixte, exclusivement pour femmes (d'autres sont allées plus vite mais en courant au milieu des hommes).
L'athlète de 29 ans a placé un sprint dans les derniers mètres pour décrocher les Kényanes Joyciline Jepkosgei et Hellen Obiri, avec qui elle a fait toute la course, et coupé la ligne après 2 heures, 15 minutes et 41 secondes d'effort.
C'est neuf secondes de moins que le précédent record mondial, qu'elle avait elle-même établi l'année dernière sur ce même parcours, entre le quartier de Greenwich et l'avenue The Mall, son terminus.
"Je suis tellement heureuse de gagner à nouveau", a déclaré Assefa. "Répéter ma victoire de l'année dernière signifie encore plus."